La Horde du Contrevent, d'Alain Damasio - extrait

octobre 21, 2020 - Temps de lecture: ~1 minute

"Qu’il pleuve ou qu’il vente, de jour comme de nuit, je me suis efforcé d’affûter la lame du temps et de m’en servir, qui plus est, pour tailler une encoche sur mon bâton de marche - de me tenir debout en ce point de rencontre de deux éternités, le passé et l’avenir, qu’est très exactement le présent. Et de marcher sur ce fil."


La Horde du Contrevent, d'Alain Damasio - extrait

octobre 21, 2020 - Temps de lecture: ~1 minute

"J'avais longtemps cru que je tenais à eux mais, comment dire ? aujourd'hui ce n'était plus vraiment ça : c'était plutôt qu'ils tenaient en moi. Ils me peuplaient, ils habitaient mon bivouac d'os et de nerfs. A chaque pas qu'ils faisaient, à chaque mot échangé, chaque petit geste discret, ils élargissaient ma flaque intérieure d'autant, ils en prolongeaient la surface tissée. Le simple fait de les imaginer pouvoir mourir avait redonné à leur présence une lueur.

Après la mort de Sveziest, je m'étais juré ça : de ne plus jamais oublier qu'ils pourraient ne plus être là demain. Les conséquences de ce petit serment furent prodigieuses pour l'acuité avec laquelle je recevais ce qu'ils étaient. Je découvris une nouvelle intensité — celle que la conscience effilée d'être accoudé chaque jour au parapet branlant de la mort donne. J'étais à nouveau émerveillable."

) Sov Strochnis le scribe


Présence commune, de René Char

octobre 21, 2020 - Temps de lecture: ~1 minute

Tu es pressé d'écrire
Comme si tu étais en retard sur la vie.
S'il en est ainsi, fais cortège à tes sources.

Hâte-toi.
Hâte-toi de transmettre
Ta part de merveilleux, de rébellion, de bienfaisance
Effectivement, tu es en retard sur la vie
La vie inexprimable
La seule, en fin de compte, à laquelle tu acceptes de t'unir
Celle qui t'est refusée chaque jour par les êtres et par les choses
Dont tu obtiens péniblement de-ci de-là quelques fragments décharnés
Au bout de combats sans merci.
Hors d'elle, tout n'est qu'agonie soumise, fin grossière.
Si tu rencontres la mort durant ton labeur
Reçois-là comme la nuque en sueur trouve bon le mouchoir aride,

En t'inclinant.
Si tu veux rire
Offre ta soumission
Jamais tes armes.

Tu as été créé pour des moments peu communs.
Modifie-toi, disparais sans regret
Au gré de la rigueur suave.

Quartier suivant quartier la liquidation du monde se poursuit
Sans interruption
Sans égarement.

Essaime la poussière
Nul ne décèlera votre union.