Présence commune, de René Char

octobre 21, 2020 - Temps de lecture: ~1 minute

Tu es pressé d'écrire
Comme si tu étais en retard sur la vie.
S'il en est ainsi, fais cortège à tes sources.

Hâte-toi.
Hâte-toi de transmettre
Ta part de merveilleux, de rébellion, de bienfaisance
Effectivement, tu es en retard sur la vie
La vie inexprimable
La seule, en fin de compte, à laquelle tu acceptes de t'unir
Celle qui t'est refusée chaque jour par les êtres et par les choses
Dont tu obtiens péniblement de-ci de-là quelques fragments décharnés
Au bout de combats sans merci.
Hors d'elle, tout n'est qu'agonie soumise, fin grossière.
Si tu rencontres la mort durant ton labeur
Reçois-là comme la nuque en sueur trouve bon le mouchoir aride,

En t'inclinant.
Si tu veux rire
Offre ta soumission
Jamais tes armes.

Tu as été créé pour des moments peu communs.
Modifie-toi, disparais sans regret
Au gré de la rigueur suave.

Quartier suivant quartier la liquidation du monde se poursuit
Sans interruption
Sans égarement.

Essaime la poussière
Nul ne décèlera votre union.